collections du musée des beaux-arts de dijon

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Pied gauche de la statue gisante de Philippe le Hardi

Fragment

Dijon, chartreuse de Champmol , 1406 / 1410
Auteur : Werve, Claus de

Marbre, traces de polychromie
Hauteur : 10 cm ; Largeur : 10 cm ; Profondeur : 6,5 cm
Inv. 1096/1

L'identification de ce fragment de pied comme un vestige original du gisant de Philippe le Hardi a été établie par Pierre Quarré à partir de la provenance de l'objet : le collectionneur Louis-Bénigne Baudot, qui a eu entre les mains des pleurants, des éléments d'architecture et des fragments des gisants, mentionne en effet dans ses notes : "Je conserve encore [...]l'extrémité de l'un des pieds de la duchesse" (Dijon, BM, Fonds Baudot, ms 325 III, abbaye de Saint-Bénigne, f° 155 r°).
Si mutilé soit-il, ce fragment admirablement travaillé laisse imaginer la qualité du gisant disparu. Le rendu de l'emboîtement des plaques métalliques de l'armure peut être comparé avec celui de la main de la statue de saint Georges de Claus Sluter.
Le fragment est parfaitement concordant avec les dessins du XVIIIe siècle, qui montrent le duc revêtu d'une armure, que laisse visible, sur son côté gauche, l'ouverture du manteau. On sait en effet que le contrat traité entre Claus Sluter et Jean sans Peur, le 11 juillet 1404, précisait que "la représentation sera armée, ou en habit royal, selon qu'il jugera, suivant son agréement, le plus convenable". Sluter n'avait en fait pas choisi, et le duc portait à la fois armure et manteau, ce que les restaurateurs du XIXe siècle ignoraient, ne disposant que d'une gravure de Maisonneuve (dans Plancher, 1748, p. 204) qui montre le côté droit du duc. Joseph Moreau a donc restitué un manteau aux plis assez confus et des chaussures plutôt disproportionnées.
Le fragment de pied est en marbre, ainsi que l'ont confirmé les analyses menées lors de l'étude préalable à la restauration des tombeaux, et non en albâtre comme on l'avait jusqu'alors écrit. Cette affirmation reposait sur le texte des comptes par lequel Sluter reconnaît, le 27 décembre 1392, avoir reçu de Christoffle de la Mer, marchand génois établi à Paris, livraison d'"une pierre d'alebastre que mon dit seigneur a fait prendre et acheter de luy, pour ycelle mener en Bourgongne pour faire une ymaige pour sa sépulture" (Drouot, 1932, n° 19).
Le fait que le gisant original était en marbre a aussi pu être vérifié sur trois éléments d'origine qui ont été insérés dans la statue refaite par Joseph Moreau : les mains, ce qui était déjà connu (Quarré, 1942-1946), et les deux pans de draperie qui s'étalent de part et d'autre du corps du duc, ce qui n'avait pas été remarqué jusqu'ici (Baron et Jugie). En revanche, les anges, le casque et le lion, originaux, sont en albâtre.
L'examen attentif des dessins anciens laisse apparaître une différence entre le gisant original et sa restitution du XIXe siècle. En effet, les draperies latérales du manteau descendaient plus bas que le corps du duc et entouraient le lion. Cela signifie que le premier gisant du duc était plus petit et qu'il disposait sur la dalle de marbre, sur toutes les faces, d'un espace dont la statuaire actuelle, qui vient bord à bord sur les petits côtés, ne rend pas compte. Cette remarque modifie quelque peu la reconstitution que l'on peut proposer de l'aspect d'origine du tombeau : le gisant était donc de taille réelle (environ 1,65 mètre), ce qui devait accentuer, avec ses rehauts de couleurs au naturel, l'impression de se trouver vraiment devant la dépouille mortelle du duc pendant la cérémonie des funérailles.

(Notice de Sophie Jugie extraite de "L'Art à la cour de Bourgogne : Le mécénat de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (1364-1419) ", Dijon : Musée des Beaux-Arts, 28 mai - 15 septembre 2004, Cleveland : The Cleveland Museum of Art, 24 octobre 2004 - 9 janvier 2005)

Historique : Collection Louis-Bénigne Baudot ; Collection Henri Baudot ; Collection Paul Court ; 1894, Dijon, vente Henri Baudot, 14-24 novembre

Achat à la vente publique de la collection Henri Baudot, Dijon, 1894

Oeuvres en lien :

CA 1416 Tombeau de Philippe le Hardi

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Bibliographie :

Exposition : © photo François Jay

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